Pyrénées : un projet de scierie industrielle menace l'environnement et les entreprises locales

news Jun 12, 2020

Un projet de scierie industrielle dans les Pyrénées risque de voir le jour à la fin de l'année 2020. Cette scierie, en plus de représenter une véritable catastrophe environnementale, menace l'artisanat du bois local.  

Un projet dangereux pour l'artisanat local

Un projet de scierie industrielle, proposé par la communauté de commune du village de Lannemezan dans les Hautes Pyrénées, risque de voir le jour à la fin de l'année 2020. Il serait géré par le groupe industriel italien Florian et aurait pour objectif de fournir pendant 10 ans, 50.000 m3 par an de grumes de bois d'oeuvre de hêtres provenant de la chaîne des Pyrénées. Cependant, la construction de cette scierie aurait pour conséquence de mettre en danger l'industrie du bois locale. Elle créerait, de fait, un monopole et approvisionnerait en bois l'ensemble des régions des Pyrénées.

Par ailleurs, ce projet serait financé de 50 à 60% par l'Etat, la région et l'intercommunalité. Un financement qui peut sembler irrationnel puisque le projet va à l'encontre de la protection des forêts et du développement de l'industrie locale. Le collectif "Touche pas à ma forêt", regroupant des associations et des syndicats, a ainsi dénoncé l'absence d'une étude d'impact de ce projet sur l'artisanat local.

Plusieurs maires ont également alerté les populations concernant cette scierie industrielle, notamment Corine Marquerie, conseillère municipale de Saint-Gaudens, qui dénonce "un projet dangereux". Selon elle, ce projet représente un risque social puisque il peut entraîner la faillite de scieries locales ainsi qu'un gaspillage d'argent public.

Le secrétaire départemental du PCF65 :

Nous ne connaissons que trop bien ce type de projet dans lequel une multinationale, gavée de subventions publiques vient exploiter, un temps, les ressources locales et plie bagage lorsque la rentabilité n’est plus attractive.

L'industrie du bois est historique dans les Pyrénées. Jadis, cette industrie était une grande fournisseuse de bois en France. L'industrialisation progressive et l'exode rural a cependant ébranlé l'économie locale du bois. Cette région dispose de terrains difficilement accessibles avec peu de chemins forestiers.

Un projet dénoncé par des associations forestières et citoyennes

En outre, la réalisation de ce projet industriel représenterait une menace conséquente pour l'environnement et la biodiversité. En effet, ce sont 50.000 m3 de hêtres qui seraient sciés, soit entre 200 000 et 250 000 m3 d’arbres, ce qui représente environ 1 200 stades de football !

Corinne Marherie, conseillère municipale de Saint Gaudens :

L’industriel exige 50 000 m3/an de bois d’œuvre de hêtre de haute qualité pendant 15 ans. Pour donner un ordre d’idées, actuellement on récolte dans toute l’Occitanie 30 000 m3/an de bois d’œuvre de hêtre (source Agreste, moyenne 2005-2018). C’est-à-dire que Florian demande pour ses seuls besoins que l’on double la récolte sur l’ensemble des Pyrénées, de Hendaye à Collioure !

L'association SOS Forêt Pyrénées démontre également que la création de cette scierie nécessiterait la mise en place de nouvelles pistes forestières.

Un syndicaliste membre de SOS Forêt Pyrénées :

La quantité demandée entraînerait une régression du patrimoine forestier actuel. Il est primordial que nos communes n'apportent pas leur caution à un projet qui dégradera nos forêts en une poignée d'années, alors qu'il faudrait plusieurs décennies à l'écosystème forestier pour s'en remettre. Le bois est bien une ressource renouvelable, mais pas inépuisable.

L'Occitanie dispose par ailleurs, d'une biodiversité impressionnante et riche. France Nature Environnement affirme que 38% des oiseaux nicheurs sont sur liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature, contre 32 % au niveau national. La loi Maptam de 2014, loi de modernisation de l'action publique territoriale, a aussi choisi la région Occitanie comme chef de file pour la biodiversité et doit donc consolider la richesse de ses forêts.

Un syndicaliste de SOS Forêt Pyrénées :

Le bon sens voudrait que l'on redonne une place conséquente aux gros bois en les laissant pousser, puis mourir naturellement et se décomposer en forêt sous peine de continuer à appauvrir le capital forêts et dégrader sa fonction écologique. Un abattage démesuré des arbres réduit la capacité de la forêt à capter le CO2.

Enfin, sur le site de l'entreprise Florian, un message "écologique" plus que douteux est affiché :

Un cycle industriel entièrement contrôlé pour assurer des standards homogènes sur une longue période, et en même temps un système auto-suffisant qui permet d’optimiser les déchets et d’en faire des ressources.

La société est également présente en Croatie, en Hongrie, en République Tchèque et en Italie.

Le collectif « Touche pas à ma forêt » a lancé une campagne de mobilisation et des recours qui ont été suspendus pendant le confinement. La faisabilité du projet ainsi que la date du début des travaux sont encore à l'étude.


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Source image : Sergei Akulich/Pixabay

Sources :

Écosystème. Des collectifs refusent la « forêt usine »
SOS Forêt Pyrénées et le collectif Touche pas à ma forêt alertent sur un projet « écocide » de scierie industrielle sur le plateau de Lannemezan dans les Hautes-Pyrénées.
Lannemezan. Le projet Bois présenté aux élus communautaires
Mercredi, à la salle des fêtes de Lannemezan, Bernard Plano a présenté, durant plus de deux heures, à une trentaine d’élus communautaires, le projet d’installation d’une scierie sur Lannemezan et le développement de la filière Bois.

La Relève et la Peste - "Menace sur les scieries familiales et les forêts des Pyrénées"

Lucile Guerrier

Etudiante et stagiaire en communication - Aurore Market