Le premier confinement a évité 2 300 décès liés à la pollution de l’air

news Apr 30, 2021

Selon l’agence Santé Publique France, ces résultats positifs permettent de tirer des enseignements forts en matière d’actions publiques, mais aussi en matière de comportements, pour réduire la pollution de l’air en France.

Il y a un an, la France a connu son premier confinement total pour palier à la crise sanitaire liée au covid-19. Neuf semaines d'isolation qui ont eu un impact sur les activités économiques, sociales, mais aussi sur l’environnement ! Selon une évaluation de Santé publique France, près de 2 300 décès ont pu être évités grâce à la diminution de l’exposition aux particules.

Les sources de ces particules sont multiples et représentent la pollution de fond en France. 1 200 décès ont également pu être évités en lien avec une diminution de l’exposition au dioxyde d’azote, liée principalement au trafic routier, selon les résultats de l’évaluation quantitative d’impact sur la santé menée par l’agence.

Santé Publique France explique :

[Ces bénéfices sont liés à] des effets évités à plus long terme (diminution de la contribution de la pollution au développement de pathologies conduisant au décès), et dans une moindre mesure à des effets évités à court terme (décompensation de pathologies préexistantes).

Sébastien Denys, un responsable de l’agence, auprès de l’AFP, rappelle qu'ils ne recommandent pas la mise en œuvre de conditions aussi drastiques mais que cela a permet de tirer certains enseignements en matière d’actions publiques, comme la réduction de la circulation routière dans les zones urbaines ou des émissions industrielles, ainsi qu’en matière de changements comportementaux, comme le télétravail.

D’autres pistes doivent également être poursuivies, en particulier l’amélioration des pratiques du chauffage au bois, sur lequel le gouvernement s’apprête à adopter un plan d’action, et le développement de bonnes pratiques agricoles, note l’agence. Des secteurs qui avaient continué à émettre même pendant le confinement !

40 000 décès par an liés aux particules fines

De nombreux progrès restent encore à faire en matière de pollution de l’air. Malgré l’amélioration de la qualité de l’air ces dernières années, 40 000 décès par an sont encore attribuables à l’exposition aux particules fines, selon Santé publique France.

En 2016, l’agence, se basant sur la période 2007-2008, avait estimé à 48 000 le nombre de décès prématurés par an liés aux concentrations de particules fines PM2,5 (inférieures à 2,5 microns), matières microscopiques en suspension dans l’air qui pénètrent dans les ramifications des voies respiratoires et dans le sang.

La nouvelle estimation suggère une tendance à la baisse : près de 40 000 décès par an attribuables aux PM2,5 entre 2016 et 2019, soit 7 % de la mortalité totale sur cette période, contre 9 % en 2007-2008.

L’exposition à ces particules, qui peuvent provoquer cancer, asthme, allergies ou maladies cardiovasculaires, réduit aussi de huit mois l’espérance de vie d’un adulte à partir de 30 ans.

Sébastien Denys souligne :

On peut se satisfaire de la légère diminution. Mais d’un point de vue de santé publique, ce qui nous inquiète, c’est une estimation de 40 000 décès évitables. Et j’insiste sur ce terme évitable : des actions sont possibles pour réduire cet impact.

7 000 décès annuels attribués au dioxyde d’azote

7 000 décès annuels attribués au dioxyde d’azote (NO2), c'est le calcul qui a été fait pour la première fois. Mais on ne peut pas additionner intégralement ces morts à celles liées aux PM2,5, une partie non déterminée des décès étant liée à l’action conjointe des deux polluants.

La baisse de l’impact sanitaire, depuis l’étude de 2016, s’explique par des modèles d’exposition différents mais aussi par l’amélioration de la qualité de l’air. Ainsi, selon le bilan 2019, les émissions de PM2,5 ont baissé de 61 % entre 2000 et 2019 et celles des oxydes d’azote de 56 %, même si l’Etat a été condamné en justice pour n’avoir pas réduit suffisamment certains polluants dans certaines villes.

Les nouvelles estimations de Santé publique France sont bien en dessous d’autres recherches internationales. Par exemple, une étude publiée en février dans la revue Environmental Research estimait que la pollution aux particules fines provoquée par la combustion des énergies fossiles était responsable d’un décès sur cinq dans le monde, soit plus de 8 millions de morts en 2018, dont près de 100 000 en France.

Des écarts liés à des différences méthodologiques et des données plus précises sur la France, explique Santé publique France. Et dans tous les cas, il s’agit de plusieurs milliers de morts, ce qui prouve un fardeau lié à la pollution atmosphérique très important, répond Sébastien Denys.

À titre de comparaison, a dit le scientifique qui a dirigé l’étude, c’est comme si tout le monde en Europe avait arrêté de fumer pendant un mois.

Comme si tout le monde en Europe avait arrêté de fumer pendant un mois

Lauri Myllyvirta, analyste en chef au Centre de recherche sur l’énergie et l’air propre, basé à Helsinki, ajoute :

Les analystes mettent en avant les avantages considérables pour la santé publique et la qualité de vie qui pourraient être obtenus en réduisant les énergies fossiles de manière durable.

Plus de 1 500 décès prématurés ont été évités en Allemagne, en Grande-Bretagne et en Italie grâce aux confinements, d’après l’étude.

En moyenne, un citoyen européen a été exposé à des niveaux de dioxyde d’azote inférieurs de 37 % à ceux auxquels il aurait été normalement exposé au cours d’une période d’un mois, ont dit les chercheurs.

À titre de comparaison, c’est comme si tout le monde en Europe avait arrêté de fumer pendant un mois.


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Photo : Unsplash

Sources :

https://www.nouvelobs.com/sante/20210414.OBS42708/le-premier-confinement-a-evite-2-300-deces-lies-a-la-pollution-de-l-air-estime-sante-publique-france.html

https://www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/confinement/le-confinement-en-europe-empeche-11-300-deces-prematures-lies-la-pollution-selon-une-etude-6821769