Le jean : l'un des pires pollueurs de la planète

news May 31, 2021

Le jean, vêtement le plus porté au monde, est aussi l'un des pires pollueurs de la planète. La Cité des sciences à Paris révèle l'envers du décor de cet objet culte dans une exposition.

Né en Californie chez les chercheurs d'or à la fin du XIXe, le jean s'est répandu en moins d'un siècle à travers le monde pour devenir l'incontournable universel dans notre garde-robe. Il s'en vend aujourd'hui 73 par seconde. Pour homme, pour femme, jean skinny, slim, mom, boyfriend, délavé, brut, coupé taille haute, taille basse... En toile brute de coton ou mélangée avec de la viscose ou de l'élasthanne... Il existe aujourd'hui une multitude de jeans.  

La Cité des sciences et l'industrie à Paris explique l'avènement de ce textile lors d'une exposition qui a ouvert ses portes mercredi 26 mai, après six mois de confinement. Cet évènement retrace l'histoire, la mode, l'industrie, la consommation et l'écologie, le tout dans un décor évoquant un atelier de couture !

Passe-partout, intergénérationnel, indémodable, confortable et presque sentimental car il vieillit avec nous : le jean y est présenté sous toutes ses coutures (à commencer par celles de derrière puisque le visiteur est accueilli par un "mur de fesses").

Naissance du jean

Le pantalon en jean fut au départ un habit de travail, conçu dans les années 1870 pour les chercheurs d'or américains qui se plaignaient d'avoir sans cesse les poches trouées par leurs outils. Alors solide, raide, peu coûteuse, la toile en denim a permis de concevoir leurs pantalons, salopettes, vestes et combinaisons de manière plus durable. Aujourd'hui porté pour un style décontracté avec un simple t-shirt et une paire de baskets, ou plus habillé avec une veste bien coupée, des talons ou des derbies; il a perdu sa valeur d'habit de travail et fait partie de nos quotidiens.

Mais d'où vient ce fameux tissu composant la toile de jean ? De Nîmes (eh oui!) et du port de Gênes (denim ? jean ? consonances plutôt familière avec ces noms de ville non ?) ou bien des usines de tissage du Lancashire en Angleterre ? A vrai dire, les historiens ne sont pas tous d'accord, explique Sophie Lecuyer (la commissaire de l'exposition).

Une chose est sûre : c'est l'essor de la culture du coton dans le sud des Etats-Unis au XIXe, s'appuyant sur l'esclavage, qui a permis le développement rapide de cette matière. Elle a fini par traverser l'Atlantique, pendant la Seconde Guerre mondiale, pour se répandre dans le monde et devenir une pièce mythique.

Sophie Lecuyer analyse :

Du vêtement de travail, le jean est peu à peu devenu vêtement de loisir et de jeunesse dont quasiment toutes les cultures se sont emparées : hippies, punks, rockers, rappeurs... car il représente les identités de chacun et permet de s'exprimer à chaque génération.

Mais il est aujourd'hui victime de son succès, ce vêtement est désormais un symbole de la surconsommation ou fast fashion, le versant prêt-à-porter du fast food.

Faire naître un "autre jean"

En pénétrant les secrets de sa complexe fabrication, le visiteur de l'exposition comprend que quasiment toutes les étapes sont problématiques.

Le coton qui compose sa toile ? Une agriculture souvent intensive qui consomme beaucoup de pesticides.

La teinture indigo ? Elle demande d'immenses quantités d'eau et pollue les eaux usées.

Le tissage ? Les productions ont été délocalisées (Chine, Inde, Bangladesh...), avec des conditions de travail précaires.

L'exposition raconte notamment comment dans les années 1960, les stylistes français Marithé et François Girbaud ont mis au point un procédé pour vieillir la toile (afin qu'elle soit moins raide) avec des pierres ponces dans une machine à laver. Cette méthode de délavage, en s'industrialisant, s'est avérée "une catastrophe écologique au vu des énormes quantités d'eau nécessaires", selon la commissaire.

Ce même duo a alors inventé une manière plus propre "d'abîmer" le jean : la méthode au laser, utilisée aujourd'hui. Car oui, un "autre jean est possible". Mais la condition principale reste qu'industriels et consommateurs soient responsables.

Il existe ainsi des circuits courts, des filières fiables, des textiles moins polluants comme le lin, le chanvre et même l'ortie !

On peut aussi réduire le nombre de jeans dans sa penderie, recycler correctement les usagés, acheter de seconde main ou auprès de marques "clean"...

L'exposition est ouverte jusqu'en janvier 2022, à la Cité des sciences à Paris.


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Photo : Unsplash

Sources :

Vêtement culte, vêtement polluant : l’expo qui retourne le jean
Vêtement le plus porté au monde, le jean est aussi l’un des pires pollueurs de la planète : la Cité des sciences à Paris révèle l’envers de cet objet culte dans une exposition qui invite à prendre le chemin du “jean propre”.