Environnement : vers une régulation plus stricte de la publicité des produits polluants ?

news Jul 03, 2020

La Convention citoyenne pour le climat a mis en exergue l'idée d'une régulation des publicités sur les produits polluants. Même si de nombreuses ONG et une grande partie de la population y sont favorables, l'impact économique sur l'industrie serait conséquente, voire dévastatrice.

Des publicités sur les produits polluants bientôt prohibées ?

La régulation de la publicité en fonction de l'impact environnemental des produits et/ou des services vantés est en cours de réflexion. La Convention citoyenne pour le climat, proposant "d'interdire de manière efficace et opérante la publicité des produits les plus émetteurs de GES (gaz à effet de serre), sur tous les supports publicitaires", a ainsi relancé ce débat déjà amorcé en 2019 par les députés Matthieu Orphelin (ex-LREM) et Delphine Batho (EELV). Ils avaient en effet tenté de faire passer un amendement à la loi mobilités pour interdire les publicités de voitures polluantes, sans succès.

En mars dernier également, le député Anthony Cellier (LREM) avait fait voter un amendement à la loi audiovisuelle sommant les diffuseurs à "la conclusion de codes de bonne conduite visant à réduire efficacement les communications commerciales audiovisuelles relatives à des produits ayant un impact négatif sur l'environnement". L'examen du projet de loi a cependant été suspendu en raison de la crise sanitaire et devrait reprendre à l'automne.

65 % des Français favorables à cette interdiction

Dans un sondage BVA, réalisé par Greenpeace en juin dernier, 65 % des individus sondés s'estiment être favorables à l'interdiction des publicités pour les marques contribuant le plus au changement climatique telles que les compagnies aériennes, les voitures, etc. L'ONG réclame, dans un rapport publié le 17 juin avec Réseau action climat et Résistance à l'agression publicitaire, une "loi Evin climat", loi ayant strictement encadré la publicité du tabac et de l'alcool.

Par ailleurs, un autre rapport "Publicité et transition écologique", remis le 11 juin à la ministre de la Transition écologique et solidaire Élisabeth Borne et à sa secrétaire d'État Brune Poirson, adopte un ton plus mesuré. Selon ce rapport, la loi Evin serait difficilement transposable aux produits polluants étant donné qu'ils sont plus complexes à identifier.

Les auteurs du rapport "Publicité et transition écologique" :

Faut-il par exemple interdire la publicité pour la mode, secteur qui représente 10 % des émissions mondiales de carbone, soit plus que l'ensemble des émissions provenant des vols internationaux et de la navigation maritime ? Plus fondamentalement, interdire la publicité de produits dont la vente n'est ni interdite ni fortement découragée, par exemple par une fiscalité adaptée, pourrait poser des problèmes juridiques.

Ainsi, dans ce rapport, l'interdiction est totalement rejetée pour laisser place à une forme "d'information climatique".  

Les auteurs du rapport "Publicité et transition écologique" :

La publicité peut et doit en outre contribuer à l'évolution des comportements, y compris pour davantage de sobriété. L'horizon ne doit donc pas être un monde sans publicité.

Néanmoins, les ONG sont relativement sceptiques à l'idée de maintenir ces mentions légales qu'elles estiment peu efficaces.

Les auteurs du rapport "Publicité et transition écologique" :

Il est nécessaire de mettre un frein aux incitations publicitaires qui jouent, de manière insidieuse, sur nos frustrations et nos désirs, en occultant la réalité sur les impacts environnementaux néfastes des marchandises dont elles font la réclame.

Quel impact économique sur les régies publicitaires ?

Une problématique reste ainsi en suspend : quel sera l'impact économique de cette éventuelle interdiction pour les régies publicitaires ?

Dans ce même rapport « Publicité et transition écologique », les auteurs rappellent que la publicité participe à un tiers du financement de la presse écrite et jusqu'à 50 % pour la télévision et la radio. De nombreux médias doivent ainsi leur survie aux recettes publicitaires de ces grands groupes polluants. En effet, selon Greenpeace, Réseau action climat, et Résistance à l'agression publicitaire, les secteurs automobile, pétrolier et aérien ont dépensé 5,1 milliards d'euros en communication en France en 2019 !

Se détourner de certaines entreprises est tout de même possible comme l'affirme le journal britannique The Guardian qui déclare ne plus accepter les publicités d'entreprises "impliquées dans l'extraction de ressources non renouvelables". Cependant, les dirigeants du journal ont abandonné l'idée de prohiber les publicités pour des produits à l'empreinte carbone considérable étant donné que "ce n'est pas financièrement viable tant que le modèle économique de l'industrie des médias reste en crise". Ce modèle est donc à réinventer et à reconstruire...


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Source photo : shilin wang de Pixabay & RENE RAUSCHENBERGER de Pixabay

Sources :

Climat : 75 % des Français favorables à l’interdiction de la pub pour les voitures polluantes
Une majorité de Français se disent en faveur de cette mesure qui fait partie des propositions de la Convention citoyenne pour le climat, selon un sondage que nous dévoilons.
Faut-il interdire les publicités pour les voitures et les avions ?
La Convention citoyenne pour le climat réclame notamment l’interdiction des publicités pour des produits polluants. (Photo d’illustration)

Lucile Guerrier

Etudiante et stagiaire en communication - Aurore Market