Environnement : les médicaments ont un impact négatif sur la faune aquatique

news Mar 15, 2021

Un universitaire nous révèle aujourd’hui les dangers des rejets de molécules médicamenteuses sur la faune aquatique.

Bien souvent, les milieux aquatiques sont le réceptacle d’un grand nombre de substances contaminantes émises par les activités humaines. The Conversation en a fait le constat.

Pourquoi ce projet ?

Un projet Européen étudie actuellement, en rivière artificielles, les effets d’un mélange de cinq molécules : le paracétamol, l’irbésartan, le diclofénac, le naproxène et le carbamazépine, sur différentes espèces.

L’analyse de ce phénomène a été menée par Alain Geffard, professeur de Sciences Exactes et Naturelles à l’Université de Reims en Champagne-Ardenne.

Les écosystèmes aquatiques sont d’une importance capitale, ce qui devrait nous faire réagir quant au maintien de leur qualité. Malheureusement, ces milieux sont bien trop souvent le réceptacle d’un grand nombre de substances contaminantes émises par les activités humaines. Les effluents issus des stations d’épuration se révèlent être une source importante et chronique de pollution. Nous notons en particulier les molécules dites « émergentes », catégorie qui inclut les médicaments et dont les impacts sur l’environnement sont très mal connus.

Les détails de l’études

Pour mieux appréhender les possibles effets des molécules contaminantes de ces médicaments, un volet du projet européen de coopération INTERREG DIADeM s’est lancé dans l’étude des effets du mélanges de ces 5 molécules (paracétamol, irbesartan, diclofénac, naproxène et carbamazépine) sur différentes espèces, et plus particulièrement sur un mollusque bivalve très étudié en écotoxicologie aquatique : la moule zébrée ou dreissène.

Pour ce faire, 4 conditions ont été créées : un témoin, la A, la B et la B. Le témoin ne possède aucune trace de irbesartan, diclofénac, naproxène et carbamazépine. La A, qui constitue un milieu de concentrations environnementales médianes, possède 25 de chacune des molécules, la B 250 et la C 250 et constituent toutes deux des rivières très contaminées.

Vous vous demandez peut-être, pourquoi ne pas tester leurs effets directement dans un réel environnement ? Et bien tenir compte de la complexité d’un écosystème aquatique tout en parvenant à contrôler le facteur contaminant est impossible en rivière étant donnée la présence de beaucoup d’autres molécules (métaux, pesticides, hydrocarbures…). Les résultats ne pourraient qu’être influencés pour tous ces autres facteurs.

Le projet a été réalisé sur un an, entre octobre 2017 et octobre 2018, une expérimentation originale en créant des rivières artificielles afin de tester une gamme de concentrations représentatives de celles de rivières très contaminées.

Les résultats

Sur la digestion

Les résultats suggèrent que ces médicaments ont un effet direct sur l’organisme des dreissènes. En effet, ces dernières ont été directement impactées au niveau de leur processus de reproduction. Il semble aussi qu’elles développent davantage leur énergie vers des mécanismes de défenses plutôt que pour la reproduction. Conséquence qui pourrait également venir d’un milieu de vie moins favorable quant à la disponibilité alimentaire (notamment en phytoplancton).

Du côté de la génétique, au bout de 16 semaines d’exposition, on observe une augmentation de l’activité de la lipase (une enzyme digestive). On peut émettre deux hypothèses :

  • Soit le mélange des médicaments a une influence directe sur l’enzyme
  • Soit il a une influence indirecte via un effet sur la ressource alimentaire.

Le mollusque pourrait ainsi augmenter ses capacités digestives afin d’optimiser l’assimilation de nutriments issus de la digestion d’une nourriture devenue plus rare ou de moins bonne qualité.

Sur l’immunité

En parallèle, le projet s’est également intéressé à leur immunité (les hémocytes). Le test dit « des comètes » a été réalisé pour observer les effets que les médicaments pourraient avoir.

A 8 et 23 semaines d’exposition, on observe un endommagement de l’ADN. Ce qui implique une génotoxicité de l’environnement sur les hemocytes de ces organismes.

De façon complémentaire, la capacité phagocytose (internalisation de corps étranger afin de les détruire) des hémocytes a été mesurée à l’aide de billes. Le nombre moyen de billes phagocytées par chaque hémocyte diminue ainsi après 8 semaines chez les dreissènes exposées aux conditions B et C. Ce qui souligne un effet de la contamination sur l’activité de ces cellules et donc sur leur capacité de défense en cas de présence de micro-organismes dans l’eau.

Le bilan

L’ensemble de ces résultats nous permet de mieux appréhender les effets écotoxiques, directs comme indirects, d’une contamination par médicaments sur un organisme modèle. De tels effets apparaissent pour les plus fortes concentrations représentatives de celles relevées dans de nombreuses régions du monde dont les rivières sont soumises à de fortes anthropiques.

L’étude souligne également l’intérêt d’un certain réalisme environnemental des conditions dans lesquelles ce projet a été réalisé.


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Photo : Pixabay

Sources :

Comment on étudie l’impact des médicaments sur l’environnement
Découvrez, chaque jour, une analyse de notre partenaire The Conversation. Aujourd’hui, un universitaire nous révèle les dangers des rejets de molécules médicamenteuses pour la faune aquatique
L’impact des médicaments sur l’environnement étudié dans des rivières artificielles
Les effets secondaires des médicaments sur l’homme sont bien référencés. Des cours d’eau artificiels permettent désormais de les mesurer sur les écosystèmes fluviaux. Plongée en eaux contaminées.