Je m'allonge sur mon lit, remplie de longues pensées en fond par ce bouquin bouleversant. L'homme révolté ?

"La révolte n'est pas réaliste."

Ce livre est une évolution constante de plusieurs trajectoires : celle de la révolte, du métaphysique au réel, et de la société s'encastrant dans l'absurde. A travers tout ça, il y a l'art. Dans mon état de post-lecture, je reste frustrée : j'ai le sentiment d'avoir tout saisi, qu'on ne m'ait pas dit quoi penser, comme j'ai l'habitude de l'expérimenter. "La révolte n'est pas réaliste". A première vue, cette expression provocante fait penser à un mauvais titre d'article réalisé dans l'unique but de correspondre aux code du clic proxénète, dont la qualité serait jugée au niveau de la combinaison des phrases (des mots-clés, des mots-clés, et encore des mots-clés). Mais après avoir lu l'ouvrage, et de ce côté j'en suis sortie soulagée, la vie non plus, n'est pas réaliste. La réalité actuelle est une accumulation d'événements contradictoires, de mécanismes oppressants et de systèmes paradoxaux ─ si l'on s'en tient aux régimes politiques de notre société. Car, même si "tout est politique", la révolte est particulièrement dirigée vers le politique. Albert Camus retrace dans cet essai le chemin de la révolte, de la conscience jusqu'aux actes, tout en le re-contextualisant. C'est par l'absurdité de certains systèmes politiques, que naît le sentiment de désaccord, d'injustice, et enfin, d'opposition.

 « Le dialogue, relation des personnes, a été remplacé par la propagande ou la polémique. » et dans une nouvelle orientation de la propagande : se vendre, se vendre, se vendre. Je suis un produit. Je suis un outil. Je suis une rémunération. Je suis des compétences. Je ne suis pas. Mais lorsque cette absurdité me fait me lever du lit, et que je la communique sous l'étiquette de nécessité : nous sommes. Nous sommes par la révolte.

Mais plus largement, il écrit : "A partir de là, les relations humaines traditionnelles ont été transformées. Ces transformations progressives caractérisent le monde de la terreur rationnelle où vit, à des degrés différents, l'Europe. Le dialogue, relation des personnes, a été remplacé par la propagande ou la polémique, qui sont deux sortes de monologue. L'abstraction, propre au monde des forces et du calcul, a remplacé les vraies passions qui sont du domaine de la chair et de l'irrationnel. Le ticket substitué au pain, l'amour et l'amitié soumis à la doctrine, le destin au plan, le châtiment appelé norme, et la production substituée à la création vivante, décrivent assez bien cette Europe décharnée, peuplée de fantômes, victorieux ou asservis, de la puissance.”

Vous voyez désormais de quel type d'absurdité je parle : une déshumanisation par intérêt de puissance. Et c'est sans parler de l'absurdité sociétale, qui nous donne d'autant plus l'impression d'échapper au réel, et de devoir le retrouver dans l'intensité :

“S'il veut se sentir vivre, il faut que ce soit dans la terrible exaltation d'une action brève et dévorante. Aimer ce que jamais on ne verra deux fois, c'est aimer dans la flamme et le cri pour s'abîmer ensuite. On ne vit plus que dans et par l'instant pour “cette union courte mais violente
d'un cœur tourmenté uni à la tourmente” (Lermontov)”

Au milieu d'un monde vide de sens, il y a cette pression de nécessité de se sentir vivant, de vivre l'instant. Et c'est dans la pleine conscience de l'instant que sera créée l'intensité de l'émotion : Je suis. Or, le contexte politique et sociétal n'est pas très favorable à ce genre d'expérience, sans déshumanisation.

L'art comme vecteur de la révolte

C'est la troisième trajectoire intéressante de ce livre, qui vient pallier cette absurdité dont j'ai déjà tant parlé : l'art comme moyen d'appréhension du réel, et vecteur de la révolte.

“Le monde est divin parce que le monde est gratuit. C'est pourquoi, l'art seul, par son égale gratuité, est capable de l'appréhender.”

"L'artiste, qu'il le veuille ou non, ne peut plus être un solitaire, sinon dans le triomphe mélancolique qu'il doit à tous ses pairs. L'art révolté aussi  finit par révéler le “Nous sommes”, et avec lui le chemin d'une farouche humilité.”

L'art, d'après Camus, est donc un moyen de faire vivre ce sentiment de révolte, voire de créer un sentiment d'appartenance par cette révolte, d'existence. Il développe également sur le roman, catalyseur des désirs humain, du monde rêvé. Et si le rêve était une condition à la révolte ? Quand l'irrationnel prend le pas su le réel pour combattre l'absurdité.

Et dehors il y a le terrorisme, une révolution nihiliste. La révolution, ce n'est que la volonté d'être plus puissant que – mais cette puissance affaibli.

Terreur. Nihilisme. Pouvoir. Absurdité. Terrorisme. Vérité. Humains. Histoire.

Et dans ce souffle coupé il y a une supplication : un livre, un livre, ou un film, racontez-moi une histoire.

Et hop, on panse la conscience, et rien n'a été fait d'autres que l'écrire.


Je tiens à préciser que ce billet n'est nullement dans le but de convaincre ou de clamer que ces idées regorgent de vérités à suivre, mais de proposer des pistes de réflexions, et de présenter cet ouvrage à ceux qui ne le connaissent pas, d'autant plus que le contexte politique y est particulièrement approprié.

Vous pouvez aussi consulter nos sources, ou lire le livre afin de vous faire votre propre avis !

Babelio

Sens critique

Critiques libres