Nous sommes partis à la rencontre d'une de nos productrices de savons : Nathalie, de la Savonnerie Buissonnière. Après s'être présentée, elle nous explique comment faire du savon, ce que signifie la saponification à froid, et pourquoi l'emballage est inutile.

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Pourrais-tu nous expliquer comment on fait du savon ?

La première étape est de préparer la lessive de soude : de l’eau/infusion avec une quantité de soude très précise qui est calculée en fonction des huiles utilisées dans la formule. Je prépare ma lessive de soude en mélangeant ces deux ingrédients. ça fait une réaction exothermique, ça monte en température, à 80°/85° et je laisse refroidir cette préparation à l’extérieur. Pendant ce temps-là, je fais toutes mes pesées de matières premières : les huiles végétales et les beurres végétaux, que je mets à fondre aussi, les huiles essentielles... tout ce que je vais ajouter. Ça peut être des graines de pavot, de l’agrile, de la poudre d’indigo.

Puis, je surveille la température de mes deux préparations principales, qui sont mes huiles et mes beurres végétaux, et ma solution de soude qui est en train de refroidir dehors. Une fois que mes beurres sont fondus, je les mélange à mes huiles végétales, et si besoin, je rentre ma lessive de soude à l'intérieur, que je mets en bain marie froid pour faire retomber la température, jusqu’à ce qu’on soit entre 38° et 40° maximum. Quand j’arrive à cette température, je peux faire rentrer en contact mes deux préparations, et lancer la saponification.

Je mixe vigoureusement pour que les matières s’agglomèrent bien. On obtient ce qu’on appelle “la trace”. En mélangeant avec une spatule dans la pâte à savon et en soulevant la spatule, si elle laisse une trace à la surface de la préparation, c'est que la pâte est suffisamment épaisse pour être coulée en moule. Une fois que j’ai cette trace, je prends mes moules un par un sur ma balance et puis je remplis mes moules. Je mets des couvercles en bois pour que ça reste bien au chaud. La saponification a besoin de chaleur. 24h après, je démoule, je découpe une première fois une grande bande qui équivaut à 17 savons, et je repasse cette grande bande dans un autre découpeur qui s’appelle "la guitare". Ça va me le débiter en petits pains de savons.

Source : La Savonnerie Buissonnière

Pour la pure fabrication, sans la découpe, il faut compter au moins 1h30/2h de travail, la découpe 1h/1h30. On ne dirait pas comme ça, mais ça fait 400 savons et je les ai un par un dans la main pour égaliser les bords, parce que si on laisse comme ça ça va laisser des petites piques et c’est moins joli avec l’emballage !

Pour ceux qui n’ont jamais testé la saponification à froid, comment tu leur expliquerais ?

Pour faire du savon il y a plusieurs techniques. La technique ancestrale : la saponification à chaud, savon de Marseille et savon d’Alep où la pâte est cuite. Et puis il y a une autre technique qui est  pour l’instant pas industrialisable qui est la saponification à froid. C’est donc toujours de petits artisans qui sont derrière la fabrication à froid. D’autre part, on ne cuit pas les matières premières. On fait juste fondre les ingrédients solides : le beurre de karité, le beurre de coco, pour qu’ils se liquéfient et qu’on puisse les faire interagir avec l’huile d’olive, de colza et tous les autres ingrédients qu'on met dans nos savons. ça nous permet de préserver les actifs et de ne pas avoir de cuisson de matière première.

Pendant ce procédé qui est très doux, qui se fait au fil du temps dans le moule, il y a la saponification. Quand on prépare la pâte à savon on ne fait que lancer la saponification. Une fois qu’elle est versée dans le moule, la saponification continue de se dérouler. Cette réaction à froid continue à basse température, et permet de garder intégralement un ingrédient hydratant qu’on retrouve dans toute la cosmétique : la glycérine. Ça permet d’avoir un savon dont les vertus sont préservées, qui contient encore sa glycérine, ce qui n’est pas le cas sur le savon de Marseille ou le savon d’Alep parce que ça monte tellement en température que ça se déphase, comme l’eau et l’huile. Et en fin de procédé on rajoute encore un ingrédient qui va être le sur-graissage : ça va être de l’huile végétale la plus précieuse.

Cela va rajouter un gras qui ne sera pas saponifié et donc pas transformé en savon. Au final, avec la faible température et la glycérine qui reste intégralement et le sur-graissage, il y a une réelle différence entre un savon saponifié à froid et un à chaud. Ce sont des savons très très doux que l’ont peut utiliser y compris sur les jeunes enfants, les bébés, les peaux les plus sensibles et délicates, et y compris pour le visage.

Je vois que tes savons n'ont qu'un emballage très léger. Est-ce qu'on te pose des questions sur le caractère hygiénique de cet emballage ?

Ça a été le grand défi de départ, c’était peut-être la chose la plus culottée dans laquelle je me suis lancée pour la savonnerie, parce que c’est un parti pris. Le savon dans une boîte en carton, mis à part le côté pratique pour les magasins, pour être transporté, quand ça sort d’un magasin et que ça arrive dans une maison, ça a quand même une expérience de vie de quelques minutes. Je me disais que ça faisait beaucoup de matière première pour très peu de temps d’existence chez l’utilisateur.

Deuxième chose : je trouve qu’un savon c’est un bel objet. Et c’est un peu dommage quand on s’embête à travailler la couleur, les style esthétique du savon, que tout ça ça va être caché dans une boîte blanche ou décorée. Et puis dans la pure tradition du savon, le savon de Marseille ça a toujours été vendu en bloc sans emballage.

Pour ceux qui ont encore des doutes sur le côté hygiénique de ce choix là : c’est totalement hygiénique car le savon c’est un lieu qui est hostile aux bactéries. Qu’il soit sec ou mouillé, les bactéries ne survivent pas à sa surface, ni les microbes. Donc on peut avoir un usage familial du savon, être 10 à l’utiliser les uns derrière les autres, il n’y a rien de sale à ça, vraiment. Les industriels ont un peu initié cette peur de l’hygiène avec les savons pousse-pousse, ça pouvait être un bon argument marketing d’utiliser un savon liquide dans un flacon en plastique ou plus hygiénique d’acheter un savon dans un emballage plastique... ce qui est totalement paradoxal. Une modernité sans conscience, une industrie assez polluante en terme d’emballage. Mais mes emballages ne posent aucun problème.

Des fois sur des salons, les gens ne vont pas prendre les savons de devant, mais ceux derrière parce qu’ils “n’ont pas été touchés”. Il est passé dans mes mains 5 fois, donc il a largement été touché, mais psychologiquement ils vont prendre celui de derrière parce qu'il "n'a pas été touché". Ce sont des habitudes qu’on nous a inculqué.
Source : La Savonnerie Buissonnière

C’est le même étonnement que quand on dit aux gens que l'on peut se laver les cheveux au savons. Pendant longtemps on s’est lavé les cheveux au savons de Marseille. On revient en fait à des gestes qu’on a souvent dénigré, avec la modernité, la libération de la femme, mais là on revient aux choses authentiques. Même au niveau des ingrédients, par exemple l’huile de prune de Gascogne se suffit à elle même. Elle a une bonne odeur de frangipane, aucun besoin de mettre 10 gars du marketing là-dessus, c’est la nature qui nous offre aussi de véritable trésors. Les huiles végétales c’est génial pour ça, c’est totalement brut, quand en plus elles sont bio… ce sont des soins d’exception. Pour moi, il n’y a pas mieux !


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N'hésitez pas à aller lire la première partie ainsi que la troisième partie de l'interview !